EXPOS
Espace Lally est une galerie d’art contemporain spécialisée dans l’art d’Haïti, de Cuba, d’artistes brésiliens et l’art brut.
31, rue du 4 Septembre, 34500 Béziers
06 16 67 44 15
DU MAR AU SAM DE 15h à 19h
VERNISSAGE : VENDREDI 16 OCTOBRE, 18H30
« Le visage de mon prochain est une altérité qui ouvre l’au-delà. » — Emmanuel Lévinas (1905-1995)
Si le flou est furtif, il n’est pas gauche. Il est sens. En choisissant de créer ces images entre l’insaisissable et le trouble métaphysique, j’ai découvert une autre disposition à ma façon de voir. Je l’utilise par instantanéité. En photographie, le flou a ce particularisme d’être à la fois banal et une recherche singulière.
On peut alors analyser cette vision comme un élément qui se disjoint de la réalité puisqu’il faut s’en imprégner pour le ressentir.
Le flou questionne la perception des émotions : celle du temps et de la construction de la mémoire. Au-delà de toutes ces interprétations, je considère le flou comme rationnel et en quelque sorte comme une forme expressive inéluctable de la photographie.
Tous ces sujets présentés sont entrés subrepticement dans ma vie m’incitant à les photographier comme instants souverains. Les révélant en chambre noire, choisis, ils y sont restés.
Né à New York en 1950, Roger Ballen vit et travaille en Afrique du Sud depuis près de quarante ans. D’abord géologue, il découvre, au fil de ses déplacements dans les petites villes rurales du pays, un univers humain et social qui marque profondément sa pratique photographique. Son œuvre évolue progressivement du documentaire à ce qu’il nomme la « fiction documentaire », puis vers une forme visuelle entièrement singulière, aujourd’hui reconnue sous le terme de « Ballenesque ».
Ses images, le plus souvent réalisées en noir et blanc radical, mettent en scène des personnages, des animaux, des objets trouvés, des dessins, des fils de fer et des espaces clos. Entre théâtre de l’absurde, psychodrame et exploration de l’inconscient, elles brouillent les frontières entre réalité et fiction, beauté et malaise, ordre et chaos.
Roger Ballen a exposé dans de nombreux musées et institutions internationales. Ses œuvres figurent dans plus de cinquante grandes collections publiques. Il a représenté l’Afrique du Sud à la Biennale de Venise en 2022.
Photo : © Roger Ballen – Take Off, 2012
Né à Rome en 1964 d’un père haïtien et d’une mère italienne, Roberto Stephenson a vécu en Europe, au Moyen-Orient, en Inde et aux États-Unis avant de s’installer à Port-au-Prince en 2000. Formé au graphisme, il s’oriente vers la photographie d’architecture, puis développe une œuvre personnelle consacrée aux paysages urbains, aux espaces intérieurs et aux formes d’inventivité de la société haïtienne. Son travail associe observation documentaire, composition rigoureuse et expérimentation numérique.
Pour Hors Cadres, Roberto Stephenson présente une sélection de photographies réalisées après le séisme du 12 janvier 2010. Dans une ville où de nombreux bâtiments étaient détruits ou devenus inhabitables, des familles ont construit des abris provisoires avec des bâches, des tissus et des objets récupérés. Loin des représentations spectaculaires de la catastrophe, le photographe porte un regard attentif sur ces espaces fragiles et intimes. Les couleurs, les motifs et l’organisation des objets révèlent la dignité, l’ingéniosité et la volonté de recréer un foyer au cœur du bouleversement.
Photo : © Roberto Stephenson – Goudougoudou, 2010
L’exposition Freezing Memories, que l’on pourrait traduire par « Mémoires figées », appartient à une période durant laquelle José Ángel Vincench interroge la mémoire, l’identité et la relation entre l’expérience intime et l’histoire collective.
À travers la photographie, l’image devient un espace de conservation, mais également de disparition. Photographier revient à retenir un instant qui, dans le même mouvement, appartient déjà au passé. Le terme « freezing » évoque ainsi l’arrêt du temps, la préservation d’une trace et l’impossibilité de restituer pleinement ce qui a été vécu.
Ces images peuvent être envisagées comme des fragments de mémoire : elles ne racontent pas nécessairement une histoire complète, mais font apparaître des traces, des absences et des éléments partiellement effacés. La photographie ne fonctionne plus seulement comme un document ; elle devient le lieu d’une tension entre souvenir et oubli, présence et disparition, histoire personnelle et mémoire collective.
Dans le contexte cubain, cette réflexion peut aussi être lue comme une interrogation sur les récits officiels, les souvenirs privés et les événements que la société choisit de conserver, de transformer ou de faire disparaître. Freezing Memories annonce ainsi plusieurs préoccupations qui traverseront l’ensemble de l’œuvre de Vincench : le poids des mots, les mécanismes du silence et la manière dont l’expérience politique s’inscrit dans la mémoire individuelle.